Ce que nous apprennent les noms de parcelles de vigne

Ce que nous apprennent les noms de parcelles de vigne

Les noms de lieux peuvent apporter des informations intéressantes, en particulier sur la culture de la vigne : nature du sol, présence ancienne de la vigne, ou même le nom d’un ancien propriétaire. Plus classiquement, le nom d’une parcelle peut aussi décrire un élément caractéristique du paysage toujours présent ou disparu. Les quelques exemples cités dans cet article concernent les noms de lieux en Entre-Deux-Mers, pays de langue occitane et plus particulièrement dans les communes de l’ancien canton de Branne.

Les parcelles les mieux exposées étaient regroupées et donc on retrouve des noms de lieux qui attestent de la présence ancienne de vigne, au moins depuis le Moyen Age. Par exemple, Vigneau désignait un petit vignoble. Les termes Plantier, Planton ou Planteyre indiquaient des parcelles où la vigne était cultivée. On peut en citer six à Saint Quentin de Baron avec les Plantiers de Lataste, du Bourcey, de Picard, de Tardinet, d’Hostin et le Grand Plantier.

La majorité des sols du canton sont à dominante argilo-calcaire sur une assise calcaire à astéries. Pour désigner ces sols typiques de nos terroirs, on peut citer par exemple les noms de lieux : Le Caillou, La Rouquette, Roucaud, Roquemue (talus rocheux), Laroque, Le Roc… Le nom Les Greyseaux indique la présence d’un sol rocheux : la racine est la même que grès. Terrefort désigne une terre argileuse, lourde difficile à cultiver, Garriga, une mauvaise terre. On retrouve aussi de nombreux lieux qui ont pour racine le nom « grave » qui indique la présence d’un sol très drainant constitué de sable et de petits cailloux, en général à proximité d’un cour d’eau : La Grave, Gravas, Graveyron

D’autres noms décrivent un élément caractéristique comme une construction : Moulin Neuf, La Tuilerie, La Carrière ou la variante Carreyre par exemple. Le relief, très accidenté en Entre-Deux-Mers, sert également souvent de référence. Les sommets avec le mot Puch sont très courants dans la région comme dans Saint Germain du Puch ou dérivé comme dans La Pouyade. A l’opposé, les creux ou vallées se rencontrent fréquemment à travers les dérivées de Combe. Le voisinage d’un cour d’eau peut aussi avoir laissé son nom au lieu. Par exemple, La Couleyre ou Ruau attestent de la présence d’un ruisseau ou fossé.

Plus intéressant, le nom d’un lieu peut décrire un ancien paysage disparu. Il faut imaginer nos campagnes beaucoup plus boisées avant la fin du Moyen Age qui marque le début d’une grande phase de déforestation qui va changer profondément les paysages de France et d’Europe. Sur le plateau du Grand Bos, les bosquets ne sont plus que les vestiges du Grand Bois (Bos en occitan) qui devait s’étendre entre St Quentin de Baron et Nérigean. Tout comme Carpentey qui désignait un bois planté de charmes et Génébra, un lieu où poussait les genévriers. L’ensemble du Canteloup est sûrement le reste d’une ancienne forêt, refuge des loups qui « chantaient » la nuit venue. Au Grand Tros devait s’élever un arbre au tronc remarquable par sa taille dans le bois du Petit Bos.

Enfin, il est courant que des lieux portent les noms d’anciens propriétaires. Rien qu’à Nérigean, on peut en citer un grand nombre : Jean de La font, Jean Borde, Mathieu Eyraud, Jean Gassie, Jean May etc. Parfois le lien est moins évident quand seul le patronyme a été conservé et déformé. Hostin en est un exemple, ce sont les sieurs Hostens contemporains du XVIIIe siècle qui ont laissé leur nom à leur domaine.

Au fil du temps, les noms des lieux se perdent par simplification. Comme en généalogie, l’étude du cadastre, des anciens actes de vente et autres terriers de l’Ancien Régime permet de remonter le fil des anciens propriétaires au cours des siècles. Parmi ces noms (presque) oubliés de lieux, on peut citer par exemple au lieu-dit Jean de La Font à Nérigean, le lieu nommé La Colinte à l’emplacement actuel du château d’eau qui désigne vraisemblablement le point culminant qu’il représente par sa proximité avec le mot colline. Toujours au même lieu-dit, le nom La Crousière (probablement pour indiqué un croisement) n’apparaît plus sur les cartes actuelles mais les anciens actes notariés nomment les parcelles ainsi. Ce nom est resté dans les mémoires et est toujours utilisé par les vignerons pour nommer plus précisément les parcelles du grand ensemble que constitue le lieu Jean de la Font.

Références :

– Cépages du Sud-Ouest – 2000 ans d’histoire – Mémoires d’un ampélographe de Guy Lavignac
– Les noms de lieux en France – Glossaire de termes dialectaux de André Pégorier (http://education.ign.fr/sites/all/files/glossaire_noms_lieux.pdf)
– Archives Départementales en ligne de la Gironde (http://gael.gironde.fr)

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